mercredi, 17 novembre 2004
Faut-il dépoussiérer la loi de 1905 ?
Nicolas Sarkozy intervenait hier soir à la salle Wagram devant les adhérents et sympathisants des clubs Concorde et Nicomaque. Le Ministre de l'économie et futur patron de l'UMP ("J'ai hâte d'y être" confiait-il…) est revenu sur son souhait de voir évoluer la loi de 1905 sur la séparation des Eglises et de l'Etat. Quel est l'enjeu ? Faire une place à officielle à l'Islam. Quelles sont les options ?
Nicolas Sarkozy explique que les 1500 lieux de culte islamique recensés en France fonctionnent sur la base de la loi... de 1901 ! Oui, celle qui s'applique aux associations. Et de fait, une réforme de la loi de 1905 serait nécessaire pour que tous les lieux de prière actuels plus ou moins adaptés au recueillement (salles communales, caves, garages, rues, impasses...) puissent bénéficier de cette loi. Et le Ministre d'Etat de conclure : "Les musulmans ne doivent pas avoir plus de droits. Veillons à ce qu'ils n'en aient pas moins."
Les propositions de Nicolas Sarkozy, certes audacieuses, ont déclenché comme d'habitude une levée de bouclier des gardiens du Temple de la pensée unique. A gauche, François Hollande, plutôt mal inspiré, estime que l'on "verra la religion prendre une place qui ne doit pas être la sienne." A droite, la plus ou moins jeune et la très vieille garde chiraquienne a également fait part de sa farouche opposition à toute réforme. Bien...
Il reste que les options et recours proposés par ces opposants de tous bords semblent plus guidés par l'esprit de la peau de banane que par une réflexion en phase avec l'état du corps social français. Analysons les faits.
La loi de 1905 a été conçue alors que l'Islam occupait une place epsilonesque dans la société française. Elle confie à l'Etat la gestion du patrimoine immobilier des Eglises qui ont, elles, un statut de droit privé. A ce titre, elles subviennent à leurs besoins financiers mais l'Etat reste par exemple propriétaire des 95 cathédrales de France (qui a dit que Napoléon avait créé les départements ?), et les communes de quelque 40 000 églises.
Alors, ce n'est "naturellement pas à l'Etat de financer les mosquées" comme l'affirme Hervé Gaymard, Ministre de l'Agriculture ? Etonnant de voir un Ministre de la République énoncer une contre-vérité qui ignore la situation singulière de l'Alsace et la Lorraine où justement l'Etat finance les cultes...
Soyons donc gré à Dominique de Villepin d'élever le débat et de s'essayer à une contre-argumentation fondée. L'actuel Ministre de l'Intérieur (et donc des Cultes) propose la création d'une "fondation pour les oeuvres musulmanes", qui pourrait gérer l'édification de mosquées et prendre en charge la formation des imams. Une proposition intéressante et qui répondrait à l'urgence de l'action publique.
Car la situation actuelle n'est pas tenable. L'Islam, deuxième religion de France, repose sur des circuits financiers mal définis dans lesquels les pays du Golfe arabo-persique occupent une place importante. Nos imams, formés dans ces pays, ne parlent pas tous français. Des faits divers nous enseignent que certains d'entre eux véhiculent une pensée incompatible avec nos valeurs républicaines. Doit-on l'accepter ? Peut-on éluder la question de la construction des mosquées et de la formation des imams, sauf à faire le jeu des intégristes et extrémistes ?
Il faut donc nous saisir de ce débat. Profitons-en pour discuter des problèmes que rencontre notre Eglise catholique. Car contrairement à une idée reçue, elle est dans une situation financière fragile puisque les dons qui la font vivre ne progressent pas suffisamment pour lui permettre de faire face à la hausse de ses charges. L'Eglise, gros employeur* est obligée de licencier. Des difficultés qui ont poussé Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Chambéry et président du comité permanent pour les affaires économiques au sein de la Conférence des évêques de France, à relancer l'idée d'un impôt "cultuel". Pratiqué dans de nombreux pays d'Europe (Allemagne, Italie, Portugal...), son principe est simple : les contribuables ont la possibilité d'affecter librement 0,5 à 0,8% de leur impôt sur le revenu à la communauté religieuse (reconnue par l'Etat) de leur choix.
Plusieurs propositions constructives. Des personnes de qualité pour les porter. Devons-nous avoir peur de nous exprimer ?
Pierre
* L'Eglise catholique emploie en France 30 000 salariés parmi lesquels 18500 prêtres et 11000 laïcs. Le salaire d'un prêtre (logé) oscille entre 750 et 920 Euros par mois ; un laïc entre un demi-Smic et 1.500 euros brut.
11:45 Publié dans Vie politique nationale | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note



Commentaires
si les musulmans veulent amélioré leur lieu de priére personne ne les en empéchent, au lieu d'acheter des voitures dont ils n'ont pas les moyens de les entretenir ou des vétements, et chaussures à des prix trés cher en se cotisant ils pourraient avoir des endroits déscents pour faire leur priére, comment font les juifs et les protestants de plus pourqoui l'impot des français serviraient à une religion trés contrversé.
nordine de carcassonne, d'origine kabile mais agnostique
Écrit par : terki | samedi, 20 novembre 2004
Bonjour,
Merci pour cette analyse intéressante.
C'est assez convaincant.
Les précisions sur l'église catholique sont aussi très intéressantes.
bonne continuation,
olivier
Écrit par : Olivier - Pointdevue | samedi, 20 novembre 2004
Un article très fouillé.
gianfranco ramoser
http://gianfranco-ramoser.hautetfort.com/
Écrit par : gianfranco ramoser | mercredi, 24 novembre 2004
il ne faut pas mélanger la situation en Alsace Lorraine avec le reste de la France. cela n'a rien à voir. c'est historique, la contre vérité ne se situe donc pas là.
le soucis dans les propositions de Sarkozy est qu'il dit ne pas vouloir toucher à la loi de 1905 dans ses fondements... peut etre doit il donc relire un de ses premieres articles
"ART. 2.- La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte."
la suite sur http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/eglise-etat/sommaire.asp#loi
Écrit par : sebastien | mercredi, 24 novembre 2004
un article trés intéressant
Écrit par : kikel | samedi, 27 novembre 2004
Les commentaires sont fermés.